dimanche 12 juillet 2020

Entretien Avec Moussa Ngom



Crédit Photo: igfm.sn


Ce samedi 11 juillet est célébrée la journée africaine de lutte contre la corruption. Un phénomène qui gangrène le Sénégal et bon nombre de pays en Afrique. Moussa NGOM est journaliste et initiateur de la maison des reporters, il a eu à mener des enquêtes sur la question. Voici son entretien avec ALMUUDO.


Alors M. NGOM, hier c’était la journée africaine de lutte contre la corruption et dans l’une de vos enquêtes vous avez fait part aux autorités d’une découverte sur ce phénomène au Sénégal. Avez-vous obtenu un retour ?

Oui effectivement on a obtenu un retour, mais c’était assez mitigé. Par exemple du point de vue de la police on est toujours dans le déni. Et pour la gendarmerie on a eu une lettre de la part du chef de la gendarmerie Jean Batiste FAYE nous assurant que lutter contre la corruption, est l’un des objectifs de son mandat mais c’est difficile d’en juger. En tout cas notre cible principal c’est la population faire en sorte de briser le tabou qu’est le fait de parler de la corruption. Parce qu’il est difficile de faire parler aux sénégalais de la corruption qu’ils vivent et subissent. C’est déjà un petit pas mais la série n’est pas encore terminée on va essayer d’insister là-dessus car il y a encore de la matière à traiter. Je pense que c’est un gros chantier et la presse en tient la grande responsabilité.

Corruption au Sénégal, où se trouve le mal réellement ? (chez les populations, au sein des administrations)

Moi le problème je le situe dans le système d’opacité qui est organisé par les différentes autorités et par des agents qui sont chargés d’effectuer un travail, je parle surtout du public, de l’administration. Mais les conditions ne sont pas réunies pour pouvoir éradiquer la corruption. Elles ne sont pas également réunies pour que le citoyen n’ait pas à faire recours à la corruption dans le cadre des services qu’il demande à l’administration. C’est systémique, ce n’est pas seulement l’affaire de petits agents mais ça se fait avec l’assentiment de la hiérarchie

Après la publication de vos enquêtes n’avez-vous pas reçu d’éventuelles menaces ? 

Non, je n’ai pas reçu de menace par rapport aux enquêtes que j’ai réalisées. En tout cas pas de menaces significatives à mon niveau, maintenant le problème c’est qu’il est extrêmement problématique de traiter ce genre de sujets. Parce qu’on se souvient  de ce qui s’est passé il y a quelques années avec l’histoire des agents de police qui avaient été filmés et qui avaient conduit les personnes qui  avaient filmé ces actes à la prison. On aurait pu être sous le coup du même sort, ça n’a pas été le cas. Mais aucun journaliste n’est pour l’instant à l’abri parce qu’il n’y a rien qui a été fait pour les protéger lorsqu’ils font ce genre de travail.

Etes-vous optimiste quant à l’idée d’éradication totale de corruption au Sénégal? 

Je suis optimiste mais très peu tout de même. Parce qu’il faut savoir que tant que les conditions ne sont pas réunies pour ériger un système de transparence totale dans le fonctionnement du service public et privée, le problème va persister. Il faut ériger un ensemble de règles qui sont des barrières totales. Et les instituions qui sont censées lutter contre la corruption doivent être un peu plus actives. Parce qu’on a vu avec le dernier rapport de l’OFNAC que le nombre de saisine a diminué, les raisons évoquées sont assez vagues. Mais la lecture que j’en fais c’est que de plus en plus les citoyens ne voient plus cette structure comme un moyen de lutter contre la corruption. On ne voit plus d’intérêt à saisir l’OFNAC pour les faits de corruption parce que le suivi n’est pas réel. Et lorsqu’il n’y a plus d’institution qui peut lutter contre la corruption là c’est un véritable problème d’autant plus que les règles ne permettent pas aux populations de saisir la question et de mener le combat jusqu’au bout. Il faut que les institutions de lutte contre la corruption soient renforcées. 

  

6 commentaires:

  1. Le probleme se situe aussi du fait que même les dirigeants des structures chargées pour en lutter sont des corrompus.Je dirais pas que j'en suis pessimiste mais ce qui est clair et certain est que c'est pas dans ce monde que les choses font changer consernant la corruption.
    Bel article au passage!

    RépondreSupprimer
  2. Même les institutions censées de lutter contre la corruption sont corrompus. Bel article

    RépondreSupprimer
  3. So amoulone ma créer la wallah billah

    RépondreSupprimer
  4. Très bel article en parallèle et comme dit souvent le mal n'est pas le problème, le problème est le fait d'accepter de vivre avec le mal en question

    RépondreSupprimer
  5. Succulent texte j'admire ton travail et il faudrait savoir que la corruptionest Encre dans la mentalité des Sénégalais

    RépondreSupprimer

Analyse sur la situation en Guinée

      Alpha Condé entouré par les putschistes Arrivé au pouvoir en 2010 après 40 ans d’opposition, le président Alpha Condé semb...