vendredi 17 juillet 2020

Entretien avec Me Ndeye Anta FAYE

Ce vendredi 17 juillet, c’est la journée de la justice pénale internationale. Au Sénégal, dans un contexte marqué par une grève des acteurs judiciaires, le secteur semble être perturbé. Me Ndeye Anta FAYE est avocate et chargée de la communication de l’Association des Jeunes Avocats du Sénégal (l'AJAS), suivez son entretien avec ALMUUDO. 

Peut-on dire que la justice sénégalaise est impartiale, équitable ?

Je crois fermement à cette justice. Et je suis convaincu qu’elle appliquera toujours les règles. Le volet juridique est sensible mais dans le cadre général au Sénégal la justice est équitable même si on note des cas exceptionnels où l’opinion semble ne pas être convaincue par certains délibérés.

La grève du sytjust est-ce un recul de la justice au Sénégal ?

La grève est un droit accordé à tout travailleur certes mais elle n’est pas souhaité parce qu’elle parasite le secteur en question. Pour le cas du sytjust cela montre que les greffiers jouent un rôle fondamental dans la justice. Parce qu’ils gèrent bon nombre de formalités. Leur grève constitue une paralysie du secteur judiciaire. 

Etes-vous impactés en tant qu’avocat par cette crise judiciaire ? 

Quand l’appareil judiciaire est impacté, tous les acteurs le sont aussi. Le barreau est l’un des acteurs les plus importants. L’impact que nous ressentons c’est surtout par rapport au déroulement des audiences, nos affaires sont au statut quo. Il y a un retard dans le traitement des dossiers. Les décisions de justice ne peuvent pas être rendues. Cependant, l’association des jeunes avocats du Sénégal jouent toujours les grands rôles pour que les travailleurs de la justice soient dans une parfaite harmonie. Mais nous sommes sous l’autorité de l’ordre des avocats représenté par le bâtonnier qui reste notre autorité morale. Et je suis convaincu qu’ils joueront le rôle de sapeurs pompier entre les deux parties.   

Est-ce qu’on peut considérer le détournement de deniers publics à grande envergure comme un crime contre l’humanité ? 

Les rapports de l’IGE font l’actualité dans le pays. Le détournement de deniers publics est un délit grave certes mais cela ne va pas au-delà des frontières du Sénégal pour être considéré comme un crime contre l’humanité. On peut même faire le parallélisme entre les deux. C’est une véritable atteinte contre l’ordre public national. Le détournement de deniers publics est un crime économique grave. Les rapports de l’IGE sont publiés et des noms sont cités. Je crois en cette justice qui abat un travail énorme pour apporter des éclaircissements là-dessus. 

Les rapports de l’IGE sont publiés et des personnalités sont épinglées. La justice fera-t-elle son rôle dans la transparence ? Y’aura-t-il un privilège pour certains ? De toutes les façons demain fera jour.   

dimanche 12 juillet 2020

Entretien Avec Moussa Ngom



Crédit Photo: igfm.sn


Ce samedi 11 juillet est célébrée la journée africaine de lutte contre la corruption. Un phénomène qui gangrène le Sénégal et bon nombre de pays en Afrique. Moussa NGOM est journaliste et initiateur de la maison des reporters, il a eu à mener des enquêtes sur la question. Voici son entretien avec ALMUUDO.


Alors M. NGOM, hier c’était la journée africaine de lutte contre la corruption et dans l’une de vos enquêtes vous avez fait part aux autorités d’une découverte sur ce phénomène au Sénégal. Avez-vous obtenu un retour ?

Oui effectivement on a obtenu un retour, mais c’était assez mitigé. Par exemple du point de vue de la police on est toujours dans le déni. Et pour la gendarmerie on a eu une lettre de la part du chef de la gendarmerie Jean Batiste FAYE nous assurant que lutter contre la corruption, est l’un des objectifs de son mandat mais c’est difficile d’en juger. En tout cas notre cible principal c’est la population faire en sorte de briser le tabou qu’est le fait de parler de la corruption. Parce qu’il est difficile de faire parler aux sénégalais de la corruption qu’ils vivent et subissent. C’est déjà un petit pas mais la série n’est pas encore terminée on va essayer d’insister là-dessus car il y a encore de la matière à traiter. Je pense que c’est un gros chantier et la presse en tient la grande responsabilité.

Corruption au Sénégal, où se trouve le mal réellement ? (chez les populations, au sein des administrations)

Moi le problème je le situe dans le système d’opacité qui est organisé par les différentes autorités et par des agents qui sont chargés d’effectuer un travail, je parle surtout du public, de l’administration. Mais les conditions ne sont pas réunies pour pouvoir éradiquer la corruption. Elles ne sont pas également réunies pour que le citoyen n’ait pas à faire recours à la corruption dans le cadre des services qu’il demande à l’administration. C’est systémique, ce n’est pas seulement l’affaire de petits agents mais ça se fait avec l’assentiment de la hiérarchie

Après la publication de vos enquêtes n’avez-vous pas reçu d’éventuelles menaces ? 

Non, je n’ai pas reçu de menace par rapport aux enquêtes que j’ai réalisées. En tout cas pas de menaces significatives à mon niveau, maintenant le problème c’est qu’il est extrêmement problématique de traiter ce genre de sujets. Parce qu’on se souvient  de ce qui s’est passé il y a quelques années avec l’histoire des agents de police qui avaient été filmés et qui avaient conduit les personnes qui  avaient filmé ces actes à la prison. On aurait pu être sous le coup du même sort, ça n’a pas été le cas. Mais aucun journaliste n’est pour l’instant à l’abri parce qu’il n’y a rien qui a été fait pour les protéger lorsqu’ils font ce genre de travail.

Etes-vous optimiste quant à l’idée d’éradication totale de corruption au Sénégal? 

Je suis optimiste mais très peu tout de même. Parce qu’il faut savoir que tant que les conditions ne sont pas réunies pour ériger un système de transparence totale dans le fonctionnement du service public et privée, le problème va persister. Il faut ériger un ensemble de règles qui sont des barrières totales. Et les instituions qui sont censées lutter contre la corruption doivent être un peu plus actives. Parce qu’on a vu avec le dernier rapport de l’OFNAC que le nombre de saisine a diminué, les raisons évoquées sont assez vagues. Mais la lecture que j’en fais c’est que de plus en plus les citoyens ne voient plus cette structure comme un moyen de lutter contre la corruption. On ne voit plus d’intérêt à saisir l’OFNAC pour les faits de corruption parce que le suivi n’est pas réel. Et lorsqu’il n’y a plus d’institution qui peut lutter contre la corruption là c’est un véritable problème d’autant plus que les règles ne permettent pas aux populations de saisir la question et de mener le combat jusqu’au bout. Il faut que les institutions de lutte contre la corruption soient renforcées. 

  

Analyse sur la situation en Guinée

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